February Interview

This month, we decided to interview a young French-born Chinese: Elisabeth Wu.

Elisabeth is currently studying for her last year of master’s degree at ISIT (she will graduate in 2012) with French, English, Spanish and Chinese as her working languages. She is also doing an apprenticeship at Lafarge as an E-marketing and communications project officer for Ductal®, an ultra-high performance concrete.

Her specialities include web-marketing, social media and search engine optimization. During her studies at ISIT, she went to Asia a few times, notably in Taiwan for a 6-month exchange semester and in Singapore for a one-year internship.

Her detailed profile is available here.

Elisabeth en Malaisie

Elisabeth in Malaysia

First of all, can you tell us what links you to interculturality? Why is it important for you?

Interculturality plays an integral part in my life. My parents are Chinese but I was born and I grew up in France. I have been immersed in interculturality since childhood; one could say I am at the crossroad of the East and the West. Nowadays I also get to experience interculturality everyday in my personal life. Before joining ISIT and travelling to Asia, I was not really aware of the part interculturality played in my life and my interactions with people. Of course interculturality is important. You can understand lots of things about how people think and react by analysing the culture of their country of origin.

Have you ever watched or experienced intercultural conflicts or misunderstanding in your personal or professional life?

I experience it every day in my life, for example in my love life as my boyfriend is German. France and China both have strong implicit cultures, whereas Germany adopts a direct and explicit communication. Sometimes Tim is a bit lost when we chat.

In my familial life, I often  note cultural discrepancies, especially with my mother because she has kept a very Chinese point of view on some subjects. But since I can detect and explain these elements that are characteristic of the Chinese culture, I got used to it.

You have chosen to study Chinese, to transform a particularity into your specialty. Why?

I began to study Chinese in my fourth year of secondary school. My mother forced me to attend classes provided by an association in the third district of Paris. Since I have never had a rebellious nature, I went. At that time, China was beginning to emerge on the international stage. I continued studying Chinese after my A-level, at ISIT that had opened a Chinese department just a year before. Although it was difficult sometimes, I managed to do it. I hope that from now on I will have plenty of opportunities to use my linguistic skills in my professional life.

What are your feelings towards the Chinese language?

Chinese is the language of my ancestors, so I took an interest in it and I began studying it. In addition, the social pressure and my Asian features made it obvious I should learn Chinese.

How do you define yourself? As a French girl from a Chinese background, as a French-Chinese girl, as a French-born Chinese or does it simply not matter to you? Does it matter to people?

I would say I am a chameleon because I can pose as “anything and everything”. First and foremost, I am French, but it does not bother me to be described with those three expressions.

French and Westerners in general do not care about that. When I tell people I am French, they ask me about my origins and start chatting about Chinese topics. With China’s increasing media exposure, people get more and more interested in this country and want to talk about it with me. I keep up with Chinese news in order to develop my point of view and my knowledge of China, and to stand as an “expert” on the matter.

However I often have to give proof of my nationality in Asia. I feel like people do not believe me when I tell them that I am French! In fact, it is important to remember that the words “French” and “Chinese” can have different meanings depending on the cultures: for a Chinese from China, a Chinese expatriate or the descendants of an expatriate remains first and above all a Chinese. Therefore those people will not understand if I present myself as French.

On a funny note, when I travel in Asia, people sometimes start to talk to me in their local dialects extremely quickly; it is quite embarrassing when you have no idea what they are speaking about.

What advice would you give to a French person who would like to learn Chinese or to emigrate in China?

Learning Chinese requires discipline as well as motivation passion and rigour.

If you are going to emigrate and already know a few things about China, forget about them, get rid of your prejudices. Once there, keep your mind open. Also be careful not to idealize China. Just like any other country, it has its good and bad sides.


elisabeth

"Enjoy your trip !"

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Interview de février

Ce mois-ci nous avons choisi d’interviewer pour vous une jeune française d’origine chinoise : Elisabeth Wu

Elisabeth est en dernière année de l’ISIT (promotion 2012) avec comme langues de travail le français, l’anglais, l’espagnol et le chinois. Elle effectue actuellement un apprentissage chez Lafarge où elle occupe le poste de chargée de e-marketing et communication pour Ductal®, un béton fibré à ultra-hautes performances.

Ses centres d’intérêts professionnels incluent le web-marketing, les médias sociaux et les techniques de référencement. Au cours de ses études à l’ISIT, elle a effectué des séjours en Asie, notamment un semestre d’études à Taiwan et un stage d’un an à Singapour.

Vous pouvez trouver son profil complet ici.

Elisabeth en MalaisieElisabeth en Malaisie

Pour commencer, peux-tu nous raconter ce qui t’attache à l’interculturalité ? Pourquoi est-ce quelque chose d’important selon toi ?

L’interculturel fait partie intégrante de ma vie. Mes parents sont chinois mais je suis née et j’ai grandi en France. Je baigne dans une double culture, on pourrait dire que je suis au carrefour de l’Orient et de l’Occident. A présent, je vis également dans ma vie personnelle une expérience interculturelle de tous les jours ! Avant d’entrer à l’ISIT et avant mes voyages en Asie, je n’avais pas vraiment conscience du fait interculturel dans ma vie et mes relations. Bien sûr que l’interculturalité est importante, on peut expliquer bien des choses sur la façon dont les gens pensent et agissent en analysant leur culture d’origine.

Est-ce que tu as déjà pu assister à ou expérimenter des conflits interculturels ou des malentendus dus à la culture ? Dans la vie ou au travail ?

Ah mais j’expérimente cela au quotidien, ou presque ! Par exemple dans mon couple, car mon petit ami est allemand. La France et la Chine se caractérisent par des cultures de l’implicite assez fortes, alors que l’Allemagne est définie par un mode de communication direct et explicite. Il arrive que Tim soit un peu perdu quand nous avons des discussions.

Dans ma vie familiale, j’ai fréquemment affaire à des décalages culturels avec ma mère notamment, car elle a conservé une vision bien chinoise sur certains sujets. Mais puisque j’arrive à déceler et expliquer ces éléments qui sont caractéristiques de la culture chinoise, je m’y suis habituée.

Tu as choisi d’étudier le chinois, de faire d’une particularité une spécialité. Qu’est-ce qui t’y a poussé ?

J’ai commencé à apprendre le chinois en classe de 3e, ma mère m’a forcée à prendre des cours de chinois dans une association du 13e arrondissement de Paris. N’étant pas d’un naturel rebelle, j’ai suivi les cours sans broncher. A l’époque, la Chine commençait à se faire entendre sur la scène internationale. J’ai continué le chinois à l’ISIT, qui a ouvert sa section chinois l’année de mon bac, et malgré des hauts et des bas, je m’en suis sortie. J’espère maintenant avoir souvent l’occasion d’utiliser mes compétences linguistiques dans un cadre professionnel.

Quel est ton rapport à la langue chinoise ?

Le chinois est la langue de mes ancêtres, Je m’y suis donc naturellement intéressée et me suis tournée vers son apprentissage. Par ailleurs, la pression sociale ainsi que mon physique asiatique font que l’apprentissage du chinois était une évidence.

Comment te définis-tu ? Comme française d’origine chinoise, franco-chinoise, French-born Chinese (chinoise née en France, selon l’expression internationale) ou est-ce que tu n’y accordes pas d’importance ? Est-ce que les gens y attachent de l’importance ?

Je dirai que je suis un caméléon dans le sens où je peux me faire passer pour « tout et n’importe quoi ». Cela dit, je suis avant tout Française, mais cela ne me dérange pas qu’on m’applique les trois termes susmentionnés.

Les Français ou Occidentaux en général n’accordent pas d’importance à ça. Quand je leur dis que je suis Française, ils me demandent quelles sont mes origines, et entament alors de longues discussions sur les sujets brûlants de l’actualité chinoise. Avec l’exposition médiatique grandissante de la Chine, les gens s’intéressent de plus en plus à ce pays et en discutent avec moi à l’occasion. Je suis régulièrement l’actualité chinoise afin d’étoffer mon discours et mes connaissances et me poser ainsi en tant «qu’experte » sur la Chine.

Par contre, en Asie, je dois souvent justifier ma nationalité. Les gens donnent l’impression de ne pas me croire lorsque je leur dis que je suis Française ! En fait il ne faut pas oublier que « français » ou « chinois » peut avoir un sens différent selon les cultures : pour un chinois de Chine, un chinois expatrié ou un descendant d’expatrié restera un chinois avant tout. Il ne comprendra donc pas que je me présente comme française.

De la même manière, lors de mes voyages en Asie, il est arrivé que des gens se mettent à me parler extrêmement vite dans la langue locale, ce qui est toujours embêtant quand vous n’avez pas la moindre idée de ce qu’ils peuvent dire…

Quels conseils donnerais-tu à un français qui souhaiterait apprendre le chinois ou s’expatrier en Chine ?

L’apprentissage du chinois requiert une certaine discipline, je dirais qu’il faut de la motivation, de la passion et de la rigueur.

Si vous partez en expatriation et que vous connaissez vaguement la Chine, faites le vide dans votre tête et débarrassez-vous de vos préjugés. Allez-y l’esprit ouvert et oubliez tous les clichés existants. D’un autre côté, faites attention à ne pas idéaliser la chine. C’est un pays comme un autre, avec ses bons et ses mauvais côtés.

elisabeth
« Bon voyage ! »

January Interview

This month we chose to interview a young Indian woman who just graduated in European studies.

Deepika (pseudonym) chose to learn European languages at a very young age. She already spoke English and two Indian languages, and started learning French early on, at the Aliance Française. She then turned to other European languages like Spanish and Italian, and of course their cultures.

Deepika just finished her end-of-studies internship in France, for a company specializing in intercultural training for future expats.

Hi! Could you explain to us your experience with interculturality, as a student and as a professional?

I first experienced interculturality for real when I studied in Europe. After that, even if I didn’t have a degree in interculturality I got an intership in a company that trains future expats in Asia so that they can expatriate easily.

What does intercultural communication mean to you?

Intercultural communication means understanding someone who has a different culture without resorting to stereotypes or comparisons to one’s own culture. It is not easy to communicate with someone who reacts differently to a situation than what you culturally expect. But the most important thing is to open a dialogue without being judgmental, and to accept cultural differences.

Could you tell us an anecdote to illustrate this?

I am Indian, so people ask me a lot of cliché questions about my country. The questions demonstrate their curiosity for my country, but often they cannot understand how we view arranged marriages in India. For them, if it’s not a love match it’s a forced marriage. I tried time and time again to explain it, but I can’t explain it well enough.

Do you have any personal thoughts on Indian/French communication?

I think that some French don’t really understand Indian culture even after they’ve lived in India. They try to generalize on the whole country according to the few Indians they met, and they also try to speak with other French people when there’re here so that they don’t feel lost. India is huge and it’s almost useless to try and generalize given the diversity of people and cultures. It is easy to generalise but difficult to understand diversity.

For example, you often hear Europeans who lived in a part of the country -say, the capital city- explain that Hindu marriages last for three days. It’s not always true. In the West, they last all morning, in the South they start at midnight, depending on the family.  We are all Hindus, but we speak different languages and our customs are very different.

What would you recommend to French people, to make expatriation easier?

I think that it’s very difficult to live in India, and I understand perfectly the need to meet French people in order to feel less lost. However, it is always a good idea to speak the local language, even if only a little, to be able to communicate with people and make friends.

Are there people who find it easier than others to adapt to/integrate in India?

To adapt, certainly. I am not really comfortable with the idea of integration, though. It’s a continuous process, which can take years, so it’s difficult to feel “integrated” when you’re in India for a short stay. I noted that people who speak English find it easier to get by.

What made the biggest impression on you the first time you came to Europe? Is there something you still can’t get used to even after all this time?

European people are really autonomous. Everything needs to be done alone –from finding your way in the city by following street signs, to almost everything in adult life. Sometimes, this autonomy leads to a kind of individualism that you don’t see in India because we are really attached to the notion of family.

What is for you the biggest difference between France and India in the professional world?

There are almost no internships offered, and the notion of unpaid internships is very rare. We start working as soon as we finish our studies, so it isn’t really an option. However, there are some “apprenticeships” in technical fields.

Interview de janvier

Ce mois-ci, nous avons choisi de vous présenter pour une interview une jeune indienne francophone récemment diplômée en cultures européennes.

Deepika (pseudonyme) a choisi très jeune d’étudier les langues et cultures européennes. Parlant déjà l’anglais et deux langues indiennes , elle a d’abord étudié le français à l’Alliance française. Par la suite sont venues d’autres langues européennes comme l’espagnol et l’italien, ainsi que leurs cultures.

Deepika vient de terminer son stage de fin d’étude dans une entreprise française de formation interculturelle aux futurs expatriés.

Bonjour, peux-tu nous présenter ton parcours personnel et professionnel en rapport avec l’interculturalité ?

Etudier en Europe en étant indienne m’a fait faire mes premiers pas dans l’interculturalité. Malgré le fait que je n’ai pas suivi de cours en rapport avec cela, j’ai effectué un stage dans une entreprise qui forme de futurs expatriés pour l’Asie afin de les préparer au départ.

Qu’est-ce que la communication interculturelle pour toi ?

La communication interculturelle c’est comprendre quelqu’un d’une autre culture sans avoir recours aux stéréotypes ou aux comparaisons avec sa propre culture. Ce n’est pas facile de communiquer avec une personne qui aura des réactions différentes de celles que l’on a été programmé à provoquer; mais l’essentiel c’est de lancer un dialogue sans jugement, avec une capacité à accepter les écarts culturels.

Aurais-tu une anecdote à nous raconter afin d’illustrer cela ?

Comme je suis indienne, on n’arrête pas de me poser des questions cliché sur mon pays. Les questions montrent une envie d’en savoir un peu plus sur mon pays, mais souvent mes interlocuteurs ne peuvent pas comprendre l’idée que l’on a des mariages arrangés en Inde. Pour eux, si ce n’est pas un mariage d’amour, c’est un mariage forcé. J’ai beau leur expliquer mais je n’arrive pas à leur faire comprendre.

Aurais-tu des réflexions personnelles sur la communication entre français et indiens ?

Je pense que quelques français ont du mal à comprendre la culture indienne même s’ils ont vécu en Inde. Ils essaient de généraliser sur l’ensemble du pays selon le comportement de quelques indiens qu’ils ont rencontré; ils préfèrent communiquer avec des français quand ils sont en Inde pour ne pas se sentir perdus. L’Inde est immense et les généralités ne servent quasiment à rien étant donné la diversité des cultures et des gens. C’est facile de généraliser, mais difficile de comprendre la diversité de l’Inde.

Par exemple on entend souvent des européens qui ont vécu dans une partie du pays, par exemple la capitale, dire que les mariages hindous durent 3 jours. Ce n’est pas vrai partout; à l’ouest cela prend la matinée tandis qu’au sud, chez certaines familles, cela commence à minuit. On est tous hindous dans ce contexte, mais on parle des langues différentes et on suit des coutumes vraiment diverses.

Qu’est-ce que tu conseillerais aux Français afin de faciliter leur expatriation en Inde ?

Je pense que c’est très difficile de vivre en Inde et je comprends parfaitement le besoin de chercher à rencontrer des français afin de se sentir moins perdu. Ceci dit, il est toujours intéressant de parler la langue locale, ne serait-ce que quelques phrases, afin de pouvoir communiquer avec les gens et former des amitiés.

Y a-t-il des gens qui arrivent plus facilement à s’adapter à l’Inde et à s’intégrer que d’autres ?

S’adapter, certainement. Je ne suis pas trop à l’aise avec l’idée de s’intégrer. C’est un processus continu, qui prend des années, alors c’est difficile de s’intégrer dans une société quand on n’y habite que pour une courte période. J’ai remarqué que ceux qui parlent l’anglais ont pu se débrouiller plus facilement.

Qu’est-ce qui t’as le plus marqué la première fois que tu es venue en Europe ? Y a-t-il une chose à laquelle tu n’arrives pas à t’habituer même après tout ce temps ?

Les européens sont très autonomes. Tout est à faire seul – cela va de trouver son chemin en suivant les rues marquées clairement sur un plan, à l’intégralité de la vie adulte. Parfois cette autonomie mène à un individualisme que l’on ne voit pas en Inde, car nous sommes très attachés à la notion de famille.

Quelle est pour toi la différence la plus flagrante entre l’Inde et l’Europe dans le monde du travail ?

Contrairement à l’Europe, il n’y a presque pas de stages offerts en Inde et la notion de stage non rémunéré est presque inexistante. On commence à travailler quand on a terminé nos études, alors cette étape n’est souvent pas une option. Ceci dit, il existe des « apprenticeships » dans les domaines techniques.