Compter avec une main en chinois

La langue chinoise est pleine de subtilités. D’un bout à l’autre du pays, il existe des centaines de dialectes et les habitants d’une région considèrent souvent que leurs voisins parlent une langue étrangère.

Cela constitue une difficulté supplémentaire pour le laowai (litt. « étranger ») qui croit passer partout avec le mandarin. Si cette langue est officielle, elle n’est pas encore parlée par tous, et il faut parfois savoir se faire comprendre autrement.

Malgré ces différences linguistiques, les chinois ont un référentiel commun pour communiquer des chiffres. Il s’agit de gestes exécutés avec une seule main, qui font référence aux caractères correspondants. Cette méthode vise aussi à éviter toute confusion entre sons proches (par exemple entre 4 qui se dit « si » et 10 qui se sit « shi »). C’est pourquoi il est utilisé même entre chinois ayant une langue maternelle commune.

 

Si les chiffres de 1 à 5 sont exprimés de la même manière qu’en Europe, ce n’est pas le cas des chiffres de 6 à 10. Essayez, ça s’apprend très vite ! Et que ce soit pour acheter vos légumes ou votre ticket de métro, vous saurez vous faire comprendre…

7 choses à savoir avant d’apprendre le chinois

Le chinois mandarin est connu pour sa complexité, en témoigne l’expression « c’est du chinois ! ». Nous qui avons appris cette langue en France et en Chine, nous ne nous targuons pas d’un niveau exceptionnel mais proposons quelques conseils aux passionnés qui souhaitent s’attaquer à cette langue de demain.

1. Un investissement personnel considérable

La gare de Kunming, 2008

La motivation sera votre mot d'ordre !

Nous n’allons pas vous le cacher, apprendre le chinois n’est pas facile. Cela demande du temps, de la motivation, et surtout, de la persévérance. N’ayant aucun point d’entrée dans la langue, contrairement aux langues romanes ou germaniques, l’apprenti se retrouve face à un système complètement inconnu de sons, de structures grammaticales et de signes…

On dit souvent qu’il faut 10 ans pour apprendre le chinois. Il faut y être préparé et ne pas baisser les bras ! Da Shan (大山), canadien expatrié célèbre pour son impressionnante maîtrise de la langue, affirme qu’après 27 ans en Chine il continue d’apprendre…

2. Les tons, ou comment se faire l’oreille

Le mandarin est une langue monosyllabique. Un système phonétique inspiré de l’alphabet grec, le pinyin, permet aux apprentis de connaître la prononciation d’un caractère sans avoir à le deviner. La langue comporte 4 tons qu’il est nécessaire de maîtriser pour se faire comprendre. Il est plutôt simple de les intégrer au départ, mais prononcer une phrase entière avec les bons tons est une autre affaire ! Un mauvais ton peut donner un tout autre sens à un mot et surprendre votre interlocuteur.

3. Apprendre le chinois en France, arriver à Pékin sans que personne ne nous comprenne…

Apprendre le chinois en France, c’est une excellente manière de commencer. Mais attention à ne pas se croire bilingue avant d’arriver en Chine. Vous risquez de tomber de haut. Ce qui est vrai pour toutes les langues l’est plus particulièrement pour le chinois : votre professeur comprend votre accent, et sait deviner ce que vous voulez dire. Ce ne sera pas le cas du vendeur au guichet de la gare de Pékin. Vous répéterez 10 fois votre phrase en essayant tous les tons possibles. Vous mimerez tout ce que vous pourrez. Vous prierez pour qu’un interprète passe par là. Ce n’est pas grave… Mais soyez-y préparé !

4. Les caractères chinois, une difficulté pas insurmontable !

On nous demande souvent « mais vous savez aussi lire et écrire ? ». La lecture et l’écriture des caractères est tout à fait abordable. C’est une gymnastique de l’esprit qu’il faut acquérir. L’écriture suit un ordre pré-établi qu’il faut respecter. C’est la même chose en français : on ne met pas un accent sur le « e » avant d’avoir écrit la lettre… Il faut s’entraîner en faisant des lignes de caractères. Attention à ne pas tomber dans le piège d’écrire tout par ordinateur, au risque de se trouver incapable d’écrire une simple lettre manuscrite ! Si le dictionnaire du chinois moderne comporte environ 50 000 caractères, l’apprentissage des 2 à 3 000 caractères les plus courants vous permettront de lire le journal sans trop de difficultés.

5. Les outils informatiques : un salut pour la nouvelle génération

Les aventuriers du caractère perdu

Les générations précédentes d’apprentis étaient de véritables héros qui devaient chercher les mots dans les dictionnaires qui rendaient la recherche très lente, même pour les plus habiles…

Si les dictionnaires peuvent toujours s’avérer utiles, la magie de l’Internet a permis l’apparition de plug-ins qui affichent la prononciation d’un caractère et son sens à l’aide du curseur.

Il existe également de nombreux dictionnaires en lignes de toutes sortes, mais il faut noter qu’il y en a pour l’instant beaucoup plus vers l’anglais. Youku, « le Youtube chinois », Baidu, « le Google chinois » ou encore l’équivalent de Facebook  人人 « renren » sont autant de manières ludiques de vous exercer.

6. Le pratiquer avec des camarades chinois 

Comme nous l’avons déjà mentionné, le chinois est une langue peu présente dans notre entourage francophone, il faut donc trouver le moyen de le pratiquer régulièrement avec des amis chinois. Ces échanges vous permettront d’en apprendre beaucoup plus que vous ne le soupçonnez : sur la culture, l’histoire, les us et coutumes de nos pays respectifs… le chinois que l’on parle tous les jours ne se trouve pas dans les bouquins ! De plus, cette expérience vous donnera une idée de ce à quoi vous serez confronté une fois sur place.

7. Parler chinois, un réel plaisir

"Bon courage !"

Pour conclure, nous devons rappeler combien nous sommes ravies d’avoir choisi d’apprendre le chinois. Cette langue est le reflet d’une civilisation millénaire qui a beaucoup à nous apprendre. Le peuple chinois est toujours reconnaissant de rencontrer des Laowai 老外 (litt. « étranger ») qui parlent mandarin et qui peuvent échanger avec eux autour d’un thé…

Que ce soit en France pour son utilité dans le monde du travail, ou en Chine pour aller à la découverte d’une culture infiniment riche, nous vous conseillons vivement de vous lancer !

February Interview

This month, we decided to interview a young French-born Chinese: Elisabeth Wu.

Elisabeth is currently studying for her last year of master’s degree at ISIT (she will graduate in 2012) with French, English, Spanish and Chinese as her working languages. She is also doing an apprenticeship at Lafarge as an E-marketing and communications project officer for Ductal®, an ultra-high performance concrete.

Her specialities include web-marketing, social media and search engine optimization. During her studies at ISIT, she went to Asia a few times, notably in Taiwan for a 6-month exchange semester and in Singapore for a one-year internship.

Her detailed profile is available here.

Elisabeth en Malaisie

Elisabeth in Malaysia

First of all, can you tell us what links you to interculturality? Why is it important for you?

Interculturality plays an integral part in my life. My parents are Chinese but I was born and I grew up in France. I have been immersed in interculturality since childhood; one could say I am at the crossroad of the East and the West. Nowadays I also get to experience interculturality everyday in my personal life. Before joining ISIT and travelling to Asia, I was not really aware of the part interculturality played in my life and my interactions with people. Of course interculturality is important. You can understand lots of things about how people think and react by analysing the culture of their country of origin.

Have you ever watched or experienced intercultural conflicts or misunderstanding in your personal or professional life?

I experience it every day in my life, for example in my love life as my boyfriend is German. France and China both have strong implicit cultures, whereas Germany adopts a direct and explicit communication. Sometimes Tim is a bit lost when we chat.

In my familial life, I often  note cultural discrepancies, especially with my mother because she has kept a very Chinese point of view on some subjects. But since I can detect and explain these elements that are characteristic of the Chinese culture, I got used to it.

You have chosen to study Chinese, to transform a particularity into your specialty. Why?

I began to study Chinese in my fourth year of secondary school. My mother forced me to attend classes provided by an association in the third district of Paris. Since I have never had a rebellious nature, I went. At that time, China was beginning to emerge on the international stage. I continued studying Chinese after my A-level, at ISIT that had opened a Chinese department just a year before. Although it was difficult sometimes, I managed to do it. I hope that from now on I will have plenty of opportunities to use my linguistic skills in my professional life.

What are your feelings towards the Chinese language?

Chinese is the language of my ancestors, so I took an interest in it and I began studying it. In addition, the social pressure and my Asian features made it obvious I should learn Chinese.

How do you define yourself? As a French girl from a Chinese background, as a French-Chinese girl, as a French-born Chinese or does it simply not matter to you? Does it matter to people?

I would say I am a chameleon because I can pose as “anything and everything”. First and foremost, I am French, but it does not bother me to be described with those three expressions.

French and Westerners in general do not care about that. When I tell people I am French, they ask me about my origins and start chatting about Chinese topics. With China’s increasing media exposure, people get more and more interested in this country and want to talk about it with me. I keep up with Chinese news in order to develop my point of view and my knowledge of China, and to stand as an “expert” on the matter.

However I often have to give proof of my nationality in Asia. I feel like people do not believe me when I tell them that I am French! In fact, it is important to remember that the words “French” and “Chinese” can have different meanings depending on the cultures: for a Chinese from China, a Chinese expatriate or the descendants of an expatriate remains first and above all a Chinese. Therefore those people will not understand if I present myself as French.

On a funny note, when I travel in Asia, people sometimes start to talk to me in their local dialects extremely quickly; it is quite embarrassing when you have no idea what they are speaking about.

What advice would you give to a French person who would like to learn Chinese or to emigrate in China?

Learning Chinese requires discipline as well as motivation passion and rigour.

If you are going to emigrate and already know a few things about China, forget about them, get rid of your prejudices. Once there, keep your mind open. Also be careful not to idealize China. Just like any other country, it has its good and bad sides.


elisabeth

"Enjoy your trip !"

Interview de février

Ce mois-ci nous avons choisi d’interviewer pour vous une jeune française d’origine chinoise : Elisabeth Wu

Elisabeth est en dernière année de l’ISIT (promotion 2012) avec comme langues de travail le français, l’anglais, l’espagnol et le chinois. Elle effectue actuellement un apprentissage chez Lafarge où elle occupe le poste de chargée de e-marketing et communication pour Ductal®, un béton fibré à ultra-hautes performances.

Ses centres d’intérêts professionnels incluent le web-marketing, les médias sociaux et les techniques de référencement. Au cours de ses études à l’ISIT, elle a effectué des séjours en Asie, notamment un semestre d’études à Taiwan et un stage d’un an à Singapour.

Vous pouvez trouver son profil complet ici.

Elisabeth en MalaisieElisabeth en Malaisie

Pour commencer, peux-tu nous raconter ce qui t’attache à l’interculturalité ? Pourquoi est-ce quelque chose d’important selon toi ?

L’interculturel fait partie intégrante de ma vie. Mes parents sont chinois mais je suis née et j’ai grandi en France. Je baigne dans une double culture, on pourrait dire que je suis au carrefour de l’Orient et de l’Occident. A présent, je vis également dans ma vie personnelle une expérience interculturelle de tous les jours ! Avant d’entrer à l’ISIT et avant mes voyages en Asie, je n’avais pas vraiment conscience du fait interculturel dans ma vie et mes relations. Bien sûr que l’interculturalité est importante, on peut expliquer bien des choses sur la façon dont les gens pensent et agissent en analysant leur culture d’origine.

Est-ce que tu as déjà pu assister à ou expérimenter des conflits interculturels ou des malentendus dus à la culture ? Dans la vie ou au travail ?

Ah mais j’expérimente cela au quotidien, ou presque ! Par exemple dans mon couple, car mon petit ami est allemand. La France et la Chine se caractérisent par des cultures de l’implicite assez fortes, alors que l’Allemagne est définie par un mode de communication direct et explicite. Il arrive que Tim soit un peu perdu quand nous avons des discussions.

Dans ma vie familiale, j’ai fréquemment affaire à des décalages culturels avec ma mère notamment, car elle a conservé une vision bien chinoise sur certains sujets. Mais puisque j’arrive à déceler et expliquer ces éléments qui sont caractéristiques de la culture chinoise, je m’y suis habituée.

Tu as choisi d’étudier le chinois, de faire d’une particularité une spécialité. Qu’est-ce qui t’y a poussé ?

J’ai commencé à apprendre le chinois en classe de 3e, ma mère m’a forcée à prendre des cours de chinois dans une association du 13e arrondissement de Paris. N’étant pas d’un naturel rebelle, j’ai suivi les cours sans broncher. A l’époque, la Chine commençait à se faire entendre sur la scène internationale. J’ai continué le chinois à l’ISIT, qui a ouvert sa section chinois l’année de mon bac, et malgré des hauts et des bas, je m’en suis sortie. J’espère maintenant avoir souvent l’occasion d’utiliser mes compétences linguistiques dans un cadre professionnel.

Quel est ton rapport à la langue chinoise ?

Le chinois est la langue de mes ancêtres, Je m’y suis donc naturellement intéressée et me suis tournée vers son apprentissage. Par ailleurs, la pression sociale ainsi que mon physique asiatique font que l’apprentissage du chinois était une évidence.

Comment te définis-tu ? Comme française d’origine chinoise, franco-chinoise, French-born Chinese (chinoise née en France, selon l’expression internationale) ou est-ce que tu n’y accordes pas d’importance ? Est-ce que les gens y attachent de l’importance ?

Je dirai que je suis un caméléon dans le sens où je peux me faire passer pour « tout et n’importe quoi ». Cela dit, je suis avant tout Française, mais cela ne me dérange pas qu’on m’applique les trois termes susmentionnés.

Les Français ou Occidentaux en général n’accordent pas d’importance à ça. Quand je leur dis que je suis Française, ils me demandent quelles sont mes origines, et entament alors de longues discussions sur les sujets brûlants de l’actualité chinoise. Avec l’exposition médiatique grandissante de la Chine, les gens s’intéressent de plus en plus à ce pays et en discutent avec moi à l’occasion. Je suis régulièrement l’actualité chinoise afin d’étoffer mon discours et mes connaissances et me poser ainsi en tant «qu’experte » sur la Chine.

Par contre, en Asie, je dois souvent justifier ma nationalité. Les gens donnent l’impression de ne pas me croire lorsque je leur dis que je suis Française ! En fait il ne faut pas oublier que « français » ou « chinois » peut avoir un sens différent selon les cultures : pour un chinois de Chine, un chinois expatrié ou un descendant d’expatrié restera un chinois avant tout. Il ne comprendra donc pas que je me présente comme française.

De la même manière, lors de mes voyages en Asie, il est arrivé que des gens se mettent à me parler extrêmement vite dans la langue locale, ce qui est toujours embêtant quand vous n’avez pas la moindre idée de ce qu’ils peuvent dire…

Quels conseils donnerais-tu à un français qui souhaiterait apprendre le chinois ou s’expatrier en Chine ?

L’apprentissage du chinois requiert une certaine discipline, je dirais qu’il faut de la motivation, de la passion et de la rigueur.

Si vous partez en expatriation et que vous connaissez vaguement la Chine, faites le vide dans votre tête et débarrassez-vous de vos préjugés. Allez-y l’esprit ouvert et oubliez tous les clichés existants. D’un autre côté, faites attention à ne pas idéaliser la chine. C’est un pays comme un autre, avec ses bons et ses mauvais côtés.

elisabeth
« Bon voyage ! »

Comment reconnaître les écritures coréenne, japonaise et chinoise ?

Beaucoup de francophones semblent un peu perdus dès qu’il s’agit de distinguer les calligraphies chinoise, japonaise et coréenne. C’est pourtant très simple !  Sans entrer dans des considérations techniques, il existe quelques « trucs ».

Tout d’abord, c’est une question de sens d’écriture.  

Si traditionnellement, le coréen, le chinois et le japonais se lisaient de droite à gauche et de haut en bas (cf Figure 1), il n’en est plus de même aujourd’hui.  Les écritures coréenne et chinoise modernes ont adopté le sens de lecture occidental sur la plupart des supports, c’est-à-dire de gauche à droite et de haut en bas (cf Figure 2), tandis que le japonais moderne se lit désormais de droite à gauche et de haut en bas (Figure 3).


Il suffit alors simplement de repérer les signes de ponctuation et de déduire le sens de lecture de leur positionnement.

Il y a ensuite l’aspect des caractères.

Prenons une phrase basique : « J’aime la vanille ».

En coréen, cela se traduit par « 난 바닐라 좋아 ». Les caractères ont relativement peu de traits,  et se composent majoritairement de carrés, de ronds, de « L » et de lignes qui se superposent de diverses manières, donnant à l’ensemble un aspect très « rond ». Une exception ici : le 5e caractère, qui présente un aspect plus complexe. La raison ? C’est qu’une grande partie du lexique hors du langage courant est d’origine chinoise.

En japonais, cette même phrase s’écrit « 私はバニラのよう ». Ici les caractères sont composés majoritairement d’un à deux traits, avec un aspect très fluide. De nouveau, une exception : le 1er caractère. La raison ? De même que pour l’exemple précédent, de nombreux vocables sont issus ou dérivés de la langue chinoise. Ils sont alors appelés kanjis, par opposition aux kanas, les autres caractères mentionnés ci-dessus.

En chinois enfin, la phrase donne « 我喜欢香草 ». Les sinogrammes sont visiblement plus complexes et ont un aspect très carré. Les sinogrammes représentent des idées  (on les appelle donc des idéogrammes), contrairement aux caractères japonais et coréens qui transcrivent principalement des sons (appelés phonogrammes) (excepté les vocables empruntés à la langue chinoise, évidemment).

Et voilà ! Sans parler un seul mot de ces trois langues, vous avez désormais toutes les clefs pour distinguer le coréen du japonais et du chinois !

Quand le Père Noël s’aventure en Asie…

Il y a quelques années seulement, alors qu’en Occident les maisons se paraient de mille lumières et que les enfants mettaient leurs souliers au pied du sapin pour le tant attendu Père Noël, à l’autre bout du monde, les petits chinois vivaient un jour comme un autre. La célébration de Noël leur était aussi étrangère que nous est la Fête des Lanternes ou celle des Bateaux-Dragons.

Et pourtant, la mondialisation galopante a amené notre bon vieux Père Noël jusqu’à l’Empire du Milieu… D’année en année, les chinois se fascinent de plus en plus pour cette tradition et pour le Père Noël. Sorti tout droit des publicités Coca Cola, il se retrouve collé sur les vitrines des magasins et des restaurants, de Kunming à Shanghai en passant par Xi’An.

"Merry Xmas China" par numb3r

Dans les grandes villes où le développement fait surgir des galeries commerciales à tour de bras, Noël est comme en Europe ou aux Etats-Unis l’occasion de se faire plaisir et de dépenser. Et à l’instar des parents français qui déguisent leurs enfants pour Halloween pour qu’ils puissent faire « comme les copains », les parents chinois gâtent leur enfant à Noël pour ne pas le décevoir. Dans les villes moins développées, on trouve tout de même un ou deux Pères Noël affichés sur la vitrine du restaurant local, et les guirlandes et les boules peu chères se mêlent aux poissons séchés et aux vélos d’occasion.

Rendons-nous à présent à Singapour où la situation est quelque peu différente. La Cité-État, ancienne colonie britannique, a longtemps été une terre de migration. Ses habitants sont principalement d’origine chinoise, indienne ou malaise. Il en résulte une très grande diversité culturelle et religieuse, qui se reflète dans les fêtes célébrées à Singapour, comme le Nouvel an chinois, le Deepavali des hindous, l’Aïd el-Fitr des musulmans, le Vesak des bouddhistes ou le Vendredi Saint des chrétiens. Le 25 décembre est donc un jour férié pour tous, chrétiens ou non, et la célébration de Noël est entrée dans les moeurs depuis des décennies.

Illuminations de Noël à Singapour, par Jerry Wong.

Dès le mois de novembre, l’atmosphère est très festive en ville. Les vitrines sont décorées pour l’occasion, les rues sont ornées d’illuminations voire de sapins et les chants de Noël retentissent dans chaque boutique. Certains centres commerciaux proposent même des spectacles avec des canons à neige artificielle, tandis que d’autres permettent aux plus jeunes de rencontrer le Père Noël. La grande avenue marchande Orchard Road, équivalent local de nos Champs-Élysées, offre le spectacle le plus impressionnant, et attire chaque année de nombreux touristes. De nombreux événements spéciaux sont organisés autour de Noël, comme des concerts, des défilés ou des spectacles. On ne lésine pas sur les moyens.

Décorations dans un centre commercial de Singapour, par William Cho

Noël se fête en famille, entre amis ou même entre collègues. Beaucoup d’entreprises organisent une petite fête de Noël, où les employés font un cadeau à la personne qu’ils ont tirée au sort. L’influence occidentale, véhiculée entre autres par les séries et les films américains, très populaires, a marqué la façon de fêter Noël : repas opulents avec de la dinde (ou du durian pour les plus aventureux), cadeaux, sapin de Noël, décorations, Père Noël, etc. Par ailleurs, Singapour est considérée par beaucoup comme étant le paradis du shopping. Ainsi, cette période de l’année est aussi l’occasion pour les magasins de proposer des soldes et de faire un gros chiffre d’affaires. La frénésie acheteuse précédant Noël n’épargne donc pas cette partie du globe. Noël est partout, ce qui est assez déconcertant lorsque l’on sait qu’il fait 32°C à l’extérieur…

Qu’est-ce que la communication interculturelle ?

"Communication" par Dailypic (FlickR)

Ce n’est pas un secret, dans communication interculturelle, il y a deux concepts : celui de la communication et de l’interculturel. La définition de ces concepts n’est pas le but de cet article, leur réunion, oui !

Matière au cœur de notre formation à l’ISIT, la communication interculturelle est un concept qui se pose en condition sine qua non de l’activité de traduction. La traduction ne signifie pas simplement de passer d’une langue à une autre. C’est tout autre chose ! Le traducteur se doit d’opérer le transfert d’un ensemble culturel à un autre. Sans la composante culturelle, le résultat est vide de tout sens et ne permet pas de communiquer correctement le message aux lecteurs finaux.

Le traducteur doit non seulement prendre en compte ses propres connaissances linguistiques et culturelles mais aussi user de son idiosyncrasie pour rendre le texte cible le plus fidèle possible à son original. La composante interculturelle doit lui permettre de rendre le contenu du message transparaissant dans le texte tout comme le sentiment exprimé par les mots qu’a choisis l’auteur.

Ainsi, l’interculturalité ne consiste pas à énumérer des clichés mais à partager des expériences vécues dans différentes cultures et se sensibiliser aux valeurs et pratiques en usage dans ces pays dans le but de se décentrer de sa propre culture. Face à la différence, l’interculturalité nous apprend à ne pas juger mais au contraire à comprendre les coutumes qui nous paraissent surprenantes. Aujourd’hui, la mondialisation et l’essor des technologies notamment informatiques favorisent les contacts entre des populations que tout sépare. Tout comme les biens se mobilisent, les personnes aussi. Nous avons pris l’habitude de rencontrer ou de travailler avec des étrangers et, de ce fait, de côtoyer des cultures très différentes. Cette évolution des contacts humains a propulsé l’interculturalité au premier rang du développement économique et humain. La sensibilité aux langages, aux expressions corporelles et aux indices spatio-temporels est un gage d’une communication efficace et harmonieuse dans le monde actuel.

Image : Sakurapinguin (FlickR)

Nous pouvons illustrer ces propos par une myriade d’anecdotes que nous avons vécues à l’occasion de nos divers voyages et séjours à l’étranger. Prenons d’abord l’exemple d’une culture millénaire à des milliers de kilomètres de chez nous : la culture chinoise. Lorsque les chinois se saluent dans la rue, le bonjour de rigueur est celui de “你吃饱了吗? » que nous pourrions ici traduire littéralement par « es-tu rassasié ? ». Si le traducteur transmet le message ainsi, l’impact sur le lecteur français ne sera jamais le même que celui qu’aura eu le texte original sur le lecteur chinois. Or la traduction, c’est ça : transposer les sentiments, les ressentis d’une langue à une autre. Autre exemple : celui du français qui, par courtoisie, a pour habitude de demander à ses amis s’ils ont passé une bonne nuit (ce qui signifie dans notre culture, « j’espère que tu as pu te reposer correctement », ou encore « j’espère que ton sommeil a été réparateur »)… Le traducteur qui doit traduire ce texte vers l’anglais ne dira jamais « did you have a good night ? » qui, en anglais, porte un tout autre sens que celui du sommeil réparateur.

Pour en savoir plus sur la communication et le management interculturels, nous vous conseillons vivement le site « Gestion des Risques Interculturels » , véritable boîte aux trésors en la matière !