Dans les coulisses des langues

Nous allons vous parler aujourd’hui du thème fascinant des langues construites.

« Qu’est-ce qu’une langue construite ? » me direz-vous. Une langue construite est ce que nous appellerions une « langue artificielle », qui a été créée par une ou plusieurs personnes dans un temps relativement bref, contrairement aux langues naturelles qui se sont créées de manière largement spontanée.

Pour différencier les langues construites et les langues artificielles, l’on pourrait dire que :

–          les langues construites sont créées par un groupe limité de personnes, voire par une seule personne, et leur processus de création s’étale sur un temps assez court. Leur création est volontaire, c’est-à-dire qu’elles ont un but précis.

–          Les langues naturelles ont une origine souvent beaucoup plus ancienne. Elles se créent d’elles-mêmes à partir d’une langue-mère, par divers processus non planifiés de transformation et d’adaptation. Par exemple, le français et l’espagnol sont des langues latines, cela veut dire qu’elles se sont formées au cours du temps par évolution du latin (même si c’est loin d’être le seul « ingrédient » de ces langues).

Vous vous demandez peut-être pourquoi quelqu’un irait prendre la peine d’inventer une langue car cela semble horriblement compliqué. Mais en fait un des avantages des langues construites est qu’elles sont généralement plus faciles à apprendre, car elles n’ont pas héritées de toutes les irrégularités que l’on trouve dans les langues naturelles et qui sont le fruit de centaines d’années d’évolution historique. Elles peuvent être utilisées dans des buts très variés : création d’une identité (hébreu), simplification de la communication internationale (espéranto) ou création artistique comme (elfique).

Photo by Hashmil

Comment construire une langue ?

Pour ceux d’entre vous aimeraient devenir des conlangers (mot inventé par les anglophones pour désigner les créateurs de langues), la Language Creation Society a mis au point une librairie virtuelle (en anglais) afin d’aider les débutants à découvrir l’art des langues construites.

Plus simplement, il ne faut pas oublier qu’une langue, quelle qu’elle soit, se construit autour de 5 axes : une écriture, un système phonologique, un lexique, une grammaire et une culture de référence. C’est aussi bien le cas pour les langues construites que pour les langues naturelles. Ça n’a pas l’air si compliqué, non ?


Langues construites et interculturel

D’un point de vue interculturel, les langues construites pour faciliter la communication internationale sont un outil clé. Plus « simples » que les langues naturelles, elles permettent de créer un référentiel commun et d’éviter toute ambigüité lors de situations de communication très importantes. Pourtant, une erreur est souvent commise dans leur création : pensant qu’il s’agit avant tout de langues-outils destinées à combler les écarts entre différentes cultures, leurs créateurs oublient souvent de les doter d’une culture propre.

Or, une langue qui n’aurait pas de racines dans une culture précise peut-elle réellement répondre aux besoins de communication de ceux qui la parlent ? Les subtilités peuvent-elles réellement transparaître ? Toute la profondeur d’une langue n’est-elle pas liée à la culture qui lui est sous-jacente ?

Nous pensons que c’est peut-être cette faiblesse qui a plus que tout nui à l’espéranto. Peut-être est-ce même la raison pour laquelle les organisations internationales préfèrent utiliser un anglais extrêmement simplifié et codifiés (qui ne laisse pas de place aux ambigüités) plutôt que cette langue qui aurait pourtant parfaitement correspondu à leurs besoins ?

Sources : http://en.wikipedia.org/wiki/Constructed_languagehttp://www.esperanto.net/info/index_fr.html

Image : http://www.flickr.com/photos/hashir/936394705/

Compter avec une main en chinois

La langue chinoise est pleine de subtilités. D’un bout à l’autre du pays, il existe des centaines de dialectes et les habitants d’une région considèrent souvent que leurs voisins parlent une langue étrangère.

Cela constitue une difficulté supplémentaire pour le laowai (litt. « étranger ») qui croit passer partout avec le mandarin. Si cette langue est officielle, elle n’est pas encore parlée par tous, et il faut parfois savoir se faire comprendre autrement.

Malgré ces différences linguistiques, les chinois ont un référentiel commun pour communiquer des chiffres. Il s’agit de gestes exécutés avec une seule main, qui font référence aux caractères correspondants. Cette méthode vise aussi à éviter toute confusion entre sons proches (par exemple entre 4 qui se dit « si » et 10 qui se sit « shi »). C’est pourquoi il est utilisé même entre chinois ayant une langue maternelle commune.

 

Si les chiffres de 1 à 5 sont exprimés de la même manière qu’en Europe, ce n’est pas le cas des chiffres de 6 à 10. Essayez, ça s’apprend très vite ! Et que ce soit pour acheter vos légumes ou votre ticket de métro, vous saurez vous faire comprendre…

Pâques, entre tradition et mondialisation ?

Pâques, une fête d’origine religieuse

Pâques est une fête religieuse célébrée dans de nombreux pays. Pour la religion juive, elle commémore le passage de la Mer Rouge (Pessa’h) et la libération du peuple juif de l’esclavage qu’il subissait en Egypte. A l’issue de la semaine sainte, les chrétiens fêtent la résurrection de Jésus le dimanche de Pâques.

Si Pâques est à l’origine une célébration religieuse, elle est aujourd’hui une fête quasi-universelle du printemps et du renouveau.

Les symboles traditionnels de Pâques

Les cloches

En France et en Belgique, ce sont les cloches de Pâques qui apportent les œufs aux petits et grands gourmands.

Dans la religion chrétienne, les cloches cessent de sonner du jeudi au samedi de la semaine sainte. La légende dit qu’elles seraient parties à Rome d’où elles reviennent le jour de Pâques, déversant sur leur chemin des œufs de toutes sortes que les enfants s’amusent aujourd’hui à chercher dans les jardins, maisons ou appartements.

Les œufs

La tradition des œufs de Pâques remonte à l’Antiquité. Déjà, les Egyptiens et les Romains offraient des œufs peints au printemps car ils étaient le symbole de la vie et de la renaissance. L’Eglise ayant instauré au IVe siècle l’interdiction de manger des œufs pendant le Carême et les poules continuant à pondre, les œufs pondus étaient alors décorés et offerts. De nos jours, le jeûne n’est plus observé aussi strictement mais la tradition d’offrir des œufs, y compris en chocolat, est restée pour le plaisir des petits et des grands.

Le lapin

Le lapin symbolisait autrefois la fertilité et le renouveau. C’est dans les pays germaniques que nait la tradition du Osterhase, avant d’être exportée aux Etats-Unis (où le lapin porte le nom de Easter Bunny) par des immigrants allemands au 18ème siècle. Les enfants fabriquaient un nid qu’ils mettaient dans le jardin en espérant que le lapin de Pâques le remplirait d’œufs durant la nuit.

Pâques a aussi laissé sa marque dans la vie courante, en donnant notamment son nom à la pâquerette, petite fleur qui fleurit aux alentours de Pâques.

Pâques dans le monde

Pâques est une fête qui, selon les pays, est l’objet de nombreuses manifestations culturelles. Certaines ont des origines païennes, d’autres des racines dans la mythologie, d’autres encore restent très fidèles aux croyances religieuses. Dans le monde entier, cette fête est célébrée de nombreuses façons.

En France, les chrétiens se rendent à l’église pour célébrer la résurrection du Christ. Et pour le repas de Pâques, les familles se réunissent traditionnellement autour d’un agneau rôti. Ensuite c’est au tour des enfants de chercher les œufs semés par les cloches sur leur passage de retour de Rome. En France, il est de plus en plus courant de s’offrir des cadeaux à Pâques.

En Espagne, la fête de Pâques est marquée par de nombreuses processions et autres mises en scènes religieuses. Côté culinaire, la Mona de Pascua (ou Mona), une brioche dorée sur laquelle on trouve souvent des œufs symbolise la fin du carême.

En Angleterre, le nom anglais « Easter » donné à la fête de Pâques tient son origine du nom Eostre, dieu du printemps que les anciens Saxons vénéraient par un festin annuel en son honneur.  A Pâques, ce n’est pas l’agneau mais le jambon qui est servi car le cochon est un symbole de chance pour les Anglais.

Dans le nord de l’Angleterre, le lundi de Pâques est marqué par des courses d’œufs (Easter Egg-Rolling)

Aux Etats-Unis, c’est Easter Bunny (litt. le lapin de Pâques) qui apporte des œufs et autres sucreries aux enfants. Le lundi de Pâques, une grande chasse aux œufs est organisée par le Président dans les jardins de la Maison Blanche (on l’appelle la White House Easter Egg Roll)

En Allemagne, c’est le feu de Pâques qui réunit enfants et parents à la nuit tombée. Ancienne tradition allemande, le feu de Pâques est le symbole du soleil et célèbre le printemps et la fin du mauvais temps.

Le lapin (Osterhase) est celui qui apporte les œufs en chocolat qu’il dépose dans les petits nids préparés par les enfants.

Une autre coutume allemande est celle de l’Osterbaum, l’arbre de Pâques. Tels des fruits symbolisant le retour de la chaleur, des coquilles d’œufs colorées décore cet arbre.

Il existe de nombreuses autres coutumes ! Et au fil des années, les mouvements de population ont transporté ces traditions dans tous les pays du monde, mélangeant ainsi les coutumes locales et celles venant d’autres régions.

Si vous en connaissez d’autres, nous serons très heureuses de découvrir de nouvelles façons de célébrer Pâques.

Pâques arrive à grands pas … alors à vos œufs !

Joyeuses Pâques !

7 choses à savoir avant d’apprendre le chinois

Le chinois mandarin est connu pour sa complexité, en témoigne l’expression « c’est du chinois ! ». Nous qui avons appris cette langue en France et en Chine, nous ne nous targuons pas d’un niveau exceptionnel mais proposons quelques conseils aux passionnés qui souhaitent s’attaquer à cette langue de demain.

1. Un investissement personnel considérable

La gare de Kunming, 2008

La motivation sera votre mot d'ordre !

Nous n’allons pas vous le cacher, apprendre le chinois n’est pas facile. Cela demande du temps, de la motivation, et surtout, de la persévérance. N’ayant aucun point d’entrée dans la langue, contrairement aux langues romanes ou germaniques, l’apprenti se retrouve face à un système complètement inconnu de sons, de structures grammaticales et de signes…

On dit souvent qu’il faut 10 ans pour apprendre le chinois. Il faut y être préparé et ne pas baisser les bras ! Da Shan (大山), canadien expatrié célèbre pour son impressionnante maîtrise de la langue, affirme qu’après 27 ans en Chine il continue d’apprendre…

2. Les tons, ou comment se faire l’oreille

Le mandarin est une langue monosyllabique. Un système phonétique inspiré de l’alphabet grec, le pinyin, permet aux apprentis de connaître la prononciation d’un caractère sans avoir à le deviner. La langue comporte 4 tons qu’il est nécessaire de maîtriser pour se faire comprendre. Il est plutôt simple de les intégrer au départ, mais prononcer une phrase entière avec les bons tons est une autre affaire ! Un mauvais ton peut donner un tout autre sens à un mot et surprendre votre interlocuteur.

3. Apprendre le chinois en France, arriver à Pékin sans que personne ne nous comprenne…

Apprendre le chinois en France, c’est une excellente manière de commencer. Mais attention à ne pas se croire bilingue avant d’arriver en Chine. Vous risquez de tomber de haut. Ce qui est vrai pour toutes les langues l’est plus particulièrement pour le chinois : votre professeur comprend votre accent, et sait deviner ce que vous voulez dire. Ce ne sera pas le cas du vendeur au guichet de la gare de Pékin. Vous répéterez 10 fois votre phrase en essayant tous les tons possibles. Vous mimerez tout ce que vous pourrez. Vous prierez pour qu’un interprète passe par là. Ce n’est pas grave… Mais soyez-y préparé !

4. Les caractères chinois, une difficulté pas insurmontable !

On nous demande souvent « mais vous savez aussi lire et écrire ? ». La lecture et l’écriture des caractères est tout à fait abordable. C’est une gymnastique de l’esprit qu’il faut acquérir. L’écriture suit un ordre pré-établi qu’il faut respecter. C’est la même chose en français : on ne met pas un accent sur le « e » avant d’avoir écrit la lettre… Il faut s’entraîner en faisant des lignes de caractères. Attention à ne pas tomber dans le piège d’écrire tout par ordinateur, au risque de se trouver incapable d’écrire une simple lettre manuscrite ! Si le dictionnaire du chinois moderne comporte environ 50 000 caractères, l’apprentissage des 2 à 3 000 caractères les plus courants vous permettront de lire le journal sans trop de difficultés.

5. Les outils informatiques : un salut pour la nouvelle génération

Les aventuriers du caractère perdu

Les générations précédentes d’apprentis étaient de véritables héros qui devaient chercher les mots dans les dictionnaires qui rendaient la recherche très lente, même pour les plus habiles…

Si les dictionnaires peuvent toujours s’avérer utiles, la magie de l’Internet a permis l’apparition de plug-ins qui affichent la prononciation d’un caractère et son sens à l’aide du curseur.

Il existe également de nombreux dictionnaires en lignes de toutes sortes, mais il faut noter qu’il y en a pour l’instant beaucoup plus vers l’anglais. Youku, « le Youtube chinois », Baidu, « le Google chinois » ou encore l’équivalent de Facebook  人人 « renren » sont autant de manières ludiques de vous exercer.

6. Le pratiquer avec des camarades chinois 

Comme nous l’avons déjà mentionné, le chinois est une langue peu présente dans notre entourage francophone, il faut donc trouver le moyen de le pratiquer régulièrement avec des amis chinois. Ces échanges vous permettront d’en apprendre beaucoup plus que vous ne le soupçonnez : sur la culture, l’histoire, les us et coutumes de nos pays respectifs… le chinois que l’on parle tous les jours ne se trouve pas dans les bouquins ! De plus, cette expérience vous donnera une idée de ce à quoi vous serez confronté une fois sur place.

7. Parler chinois, un réel plaisir

"Bon courage !"

Pour conclure, nous devons rappeler combien nous sommes ravies d’avoir choisi d’apprendre le chinois. Cette langue est le reflet d’une civilisation millénaire qui a beaucoup à nous apprendre. Le peuple chinois est toujours reconnaissant de rencontrer des Laowai 老外 (litt. « étranger ») qui parlent mandarin et qui peuvent échanger avec eux autour d’un thé…

Que ce soit en France pour son utilité dans le monde du travail, ou en Chine pour aller à la découverte d’une culture infiniment riche, nous vous conseillons vivement de vous lancer !

Interview de février

Ce mois-ci nous avons choisi d’interviewer pour vous une jeune française d’origine chinoise : Elisabeth Wu

Elisabeth est en dernière année de l’ISIT (promotion 2012) avec comme langues de travail le français, l’anglais, l’espagnol et le chinois. Elle effectue actuellement un apprentissage chez Lafarge où elle occupe le poste de chargée de e-marketing et communication pour Ductal®, un béton fibré à ultra-hautes performances.

Ses centres d’intérêts professionnels incluent le web-marketing, les médias sociaux et les techniques de référencement. Au cours de ses études à l’ISIT, elle a effectué des séjours en Asie, notamment un semestre d’études à Taiwan et un stage d’un an à Singapour.

Vous pouvez trouver son profil complet ici.

Elisabeth en MalaisieElisabeth en Malaisie

Pour commencer, peux-tu nous raconter ce qui t’attache à l’interculturalité ? Pourquoi est-ce quelque chose d’important selon toi ?

L’interculturel fait partie intégrante de ma vie. Mes parents sont chinois mais je suis née et j’ai grandi en France. Je baigne dans une double culture, on pourrait dire que je suis au carrefour de l’Orient et de l’Occident. A présent, je vis également dans ma vie personnelle une expérience interculturelle de tous les jours ! Avant d’entrer à l’ISIT et avant mes voyages en Asie, je n’avais pas vraiment conscience du fait interculturel dans ma vie et mes relations. Bien sûr que l’interculturalité est importante, on peut expliquer bien des choses sur la façon dont les gens pensent et agissent en analysant leur culture d’origine.

Est-ce que tu as déjà pu assister à ou expérimenter des conflits interculturels ou des malentendus dus à la culture ? Dans la vie ou au travail ?

Ah mais j’expérimente cela au quotidien, ou presque ! Par exemple dans mon couple, car mon petit ami est allemand. La France et la Chine se caractérisent par des cultures de l’implicite assez fortes, alors que l’Allemagne est définie par un mode de communication direct et explicite. Il arrive que Tim soit un peu perdu quand nous avons des discussions.

Dans ma vie familiale, j’ai fréquemment affaire à des décalages culturels avec ma mère notamment, car elle a conservé une vision bien chinoise sur certains sujets. Mais puisque j’arrive à déceler et expliquer ces éléments qui sont caractéristiques de la culture chinoise, je m’y suis habituée.

Tu as choisi d’étudier le chinois, de faire d’une particularité une spécialité. Qu’est-ce qui t’y a poussé ?

J’ai commencé à apprendre le chinois en classe de 3e, ma mère m’a forcée à prendre des cours de chinois dans une association du 13e arrondissement de Paris. N’étant pas d’un naturel rebelle, j’ai suivi les cours sans broncher. A l’époque, la Chine commençait à se faire entendre sur la scène internationale. J’ai continué le chinois à l’ISIT, qui a ouvert sa section chinois l’année de mon bac, et malgré des hauts et des bas, je m’en suis sortie. J’espère maintenant avoir souvent l’occasion d’utiliser mes compétences linguistiques dans un cadre professionnel.

Quel est ton rapport à la langue chinoise ?

Le chinois est la langue de mes ancêtres, Je m’y suis donc naturellement intéressée et me suis tournée vers son apprentissage. Par ailleurs, la pression sociale ainsi que mon physique asiatique font que l’apprentissage du chinois était une évidence.

Comment te définis-tu ? Comme française d’origine chinoise, franco-chinoise, French-born Chinese (chinoise née en France, selon l’expression internationale) ou est-ce que tu n’y accordes pas d’importance ? Est-ce que les gens y attachent de l’importance ?

Je dirai que je suis un caméléon dans le sens où je peux me faire passer pour « tout et n’importe quoi ». Cela dit, je suis avant tout Française, mais cela ne me dérange pas qu’on m’applique les trois termes susmentionnés.

Les Français ou Occidentaux en général n’accordent pas d’importance à ça. Quand je leur dis que je suis Française, ils me demandent quelles sont mes origines, et entament alors de longues discussions sur les sujets brûlants de l’actualité chinoise. Avec l’exposition médiatique grandissante de la Chine, les gens s’intéressent de plus en plus à ce pays et en discutent avec moi à l’occasion. Je suis régulièrement l’actualité chinoise afin d’étoffer mon discours et mes connaissances et me poser ainsi en tant «qu’experte » sur la Chine.

Par contre, en Asie, je dois souvent justifier ma nationalité. Les gens donnent l’impression de ne pas me croire lorsque je leur dis que je suis Française ! En fait il ne faut pas oublier que « français » ou « chinois » peut avoir un sens différent selon les cultures : pour un chinois de Chine, un chinois expatrié ou un descendant d’expatrié restera un chinois avant tout. Il ne comprendra donc pas que je me présente comme française.

De la même manière, lors de mes voyages en Asie, il est arrivé que des gens se mettent à me parler extrêmement vite dans la langue locale, ce qui est toujours embêtant quand vous n’avez pas la moindre idée de ce qu’ils peuvent dire…

Quels conseils donnerais-tu à un français qui souhaiterait apprendre le chinois ou s’expatrier en Chine ?

L’apprentissage du chinois requiert une certaine discipline, je dirais qu’il faut de la motivation, de la passion et de la rigueur.

Si vous partez en expatriation et que vous connaissez vaguement la Chine, faites le vide dans votre tête et débarrassez-vous de vos préjugés. Allez-y l’esprit ouvert et oubliez tous les clichés existants. D’un autre côté, faites attention à ne pas idéaliser la chine. C’est un pays comme un autre, avec ses bons et ses mauvais côtés.

elisabeth
« Bon voyage ! »

Comment reconnaître les écritures coréenne, japonaise et chinoise ?

Beaucoup de francophones semblent un peu perdus dès qu’il s’agit de distinguer les calligraphies chinoise, japonaise et coréenne. C’est pourtant très simple !  Sans entrer dans des considérations techniques, il existe quelques « trucs ».

Tout d’abord, c’est une question de sens d’écriture.  

Si traditionnellement, le coréen, le chinois et le japonais se lisaient de droite à gauche et de haut en bas (cf Figure 1), il n’en est plus de même aujourd’hui.  Les écritures coréenne et chinoise modernes ont adopté le sens de lecture occidental sur la plupart des supports, c’est-à-dire de gauche à droite et de haut en bas (cf Figure 2), tandis que le japonais moderne se lit désormais de droite à gauche et de haut en bas (Figure 3).


Il suffit alors simplement de repérer les signes de ponctuation et de déduire le sens de lecture de leur positionnement.

Il y a ensuite l’aspect des caractères.

Prenons une phrase basique : « J’aime la vanille ».

En coréen, cela se traduit par « 난 바닐라 좋아 ». Les caractères ont relativement peu de traits,  et se composent majoritairement de carrés, de ronds, de « L » et de lignes qui se superposent de diverses manières, donnant à l’ensemble un aspect très « rond ». Une exception ici : le 5e caractère, qui présente un aspect plus complexe. La raison ? C’est qu’une grande partie du lexique hors du langage courant est d’origine chinoise.

En japonais, cette même phrase s’écrit « 私はバニラのよう ». Ici les caractères sont composés majoritairement d’un à deux traits, avec un aspect très fluide. De nouveau, une exception : le 1er caractère. La raison ? De même que pour l’exemple précédent, de nombreux vocables sont issus ou dérivés de la langue chinoise. Ils sont alors appelés kanjis, par opposition aux kanas, les autres caractères mentionnés ci-dessus.

En chinois enfin, la phrase donne « 我喜欢香草 ». Les sinogrammes sont visiblement plus complexes et ont un aspect très carré. Les sinogrammes représentent des idées  (on les appelle donc des idéogrammes), contrairement aux caractères japonais et coréens qui transcrivent principalement des sons (appelés phonogrammes) (excepté les vocables empruntés à la langue chinoise, évidemment).

Et voilà ! Sans parler un seul mot de ces trois langues, vous avez désormais toutes les clefs pour distinguer le coréen du japonais et du chinois !

Interview de janvier

Ce mois-ci, nous avons choisi de vous présenter pour une interview une jeune indienne francophone récemment diplômée en cultures européennes.

Deepika (pseudonyme) a choisi très jeune d’étudier les langues et cultures européennes. Parlant déjà l’anglais et deux langues indiennes , elle a d’abord étudié le français à l’Alliance française. Par la suite sont venues d’autres langues européennes comme l’espagnol et l’italien, ainsi que leurs cultures.

Deepika vient de terminer son stage de fin d’étude dans une entreprise française de formation interculturelle aux futurs expatriés.

Bonjour, peux-tu nous présenter ton parcours personnel et professionnel en rapport avec l’interculturalité ?

Etudier en Europe en étant indienne m’a fait faire mes premiers pas dans l’interculturalité. Malgré le fait que je n’ai pas suivi de cours en rapport avec cela, j’ai effectué un stage dans une entreprise qui forme de futurs expatriés pour l’Asie afin de les préparer au départ.

Qu’est-ce que la communication interculturelle pour toi ?

La communication interculturelle c’est comprendre quelqu’un d’une autre culture sans avoir recours aux stéréotypes ou aux comparaisons avec sa propre culture. Ce n’est pas facile de communiquer avec une personne qui aura des réactions différentes de celles que l’on a été programmé à provoquer; mais l’essentiel c’est de lancer un dialogue sans jugement, avec une capacité à accepter les écarts culturels.

Aurais-tu une anecdote à nous raconter afin d’illustrer cela ?

Comme je suis indienne, on n’arrête pas de me poser des questions cliché sur mon pays. Les questions montrent une envie d’en savoir un peu plus sur mon pays, mais souvent mes interlocuteurs ne peuvent pas comprendre l’idée que l’on a des mariages arrangés en Inde. Pour eux, si ce n’est pas un mariage d’amour, c’est un mariage forcé. J’ai beau leur expliquer mais je n’arrive pas à leur faire comprendre.

Aurais-tu des réflexions personnelles sur la communication entre français et indiens ?

Je pense que quelques français ont du mal à comprendre la culture indienne même s’ils ont vécu en Inde. Ils essaient de généraliser sur l’ensemble du pays selon le comportement de quelques indiens qu’ils ont rencontré; ils préfèrent communiquer avec des français quand ils sont en Inde pour ne pas se sentir perdus. L’Inde est immense et les généralités ne servent quasiment à rien étant donné la diversité des cultures et des gens. C’est facile de généraliser, mais difficile de comprendre la diversité de l’Inde.

Par exemple on entend souvent des européens qui ont vécu dans une partie du pays, par exemple la capitale, dire que les mariages hindous durent 3 jours. Ce n’est pas vrai partout; à l’ouest cela prend la matinée tandis qu’au sud, chez certaines familles, cela commence à minuit. On est tous hindous dans ce contexte, mais on parle des langues différentes et on suit des coutumes vraiment diverses.

Qu’est-ce que tu conseillerais aux Français afin de faciliter leur expatriation en Inde ?

Je pense que c’est très difficile de vivre en Inde et je comprends parfaitement le besoin de chercher à rencontrer des français afin de se sentir moins perdu. Ceci dit, il est toujours intéressant de parler la langue locale, ne serait-ce que quelques phrases, afin de pouvoir communiquer avec les gens et former des amitiés.

Y a-t-il des gens qui arrivent plus facilement à s’adapter à l’Inde et à s’intégrer que d’autres ?

S’adapter, certainement. Je ne suis pas trop à l’aise avec l’idée de s’intégrer. C’est un processus continu, qui prend des années, alors c’est difficile de s’intégrer dans une société quand on n’y habite que pour une courte période. J’ai remarqué que ceux qui parlent l’anglais ont pu se débrouiller plus facilement.

Qu’est-ce qui t’as le plus marqué la première fois que tu es venue en Europe ? Y a-t-il une chose à laquelle tu n’arrives pas à t’habituer même après tout ce temps ?

Les européens sont très autonomes. Tout est à faire seul – cela va de trouver son chemin en suivant les rues marquées clairement sur un plan, à l’intégralité de la vie adulte. Parfois cette autonomie mène à un individualisme que l’on ne voit pas en Inde, car nous sommes très attachés à la notion de famille.

Quelle est pour toi la différence la plus flagrante entre l’Inde et l’Europe dans le monde du travail ?

Contrairement à l’Europe, il n’y a presque pas de stages offerts en Inde et la notion de stage non rémunéré est presque inexistante. On commence à travailler quand on a terminé nos études, alors cette étape n’est souvent pas une option. Ceci dit, il existe des « apprenticeships » dans les domaines techniques.