Interview de janvier

Ce mois-ci, nous avons choisi de vous présenter pour une interview une jeune indienne francophone récemment diplômée en cultures européennes.

Deepika (pseudonyme) a choisi très jeune d’étudier les langues et cultures européennes. Parlant déjà l’anglais et deux langues indiennes , elle a d’abord étudié le français à l’Alliance française. Par la suite sont venues d’autres langues européennes comme l’espagnol et l’italien, ainsi que leurs cultures.

Deepika vient de terminer son stage de fin d’étude dans une entreprise française de formation interculturelle aux futurs expatriés.

Bonjour, peux-tu nous présenter ton parcours personnel et professionnel en rapport avec l’interculturalité ?

Etudier en Europe en étant indienne m’a fait faire mes premiers pas dans l’interculturalité. Malgré le fait que je n’ai pas suivi de cours en rapport avec cela, j’ai effectué un stage dans une entreprise qui forme de futurs expatriés pour l’Asie afin de les préparer au départ.

Qu’est-ce que la communication interculturelle pour toi ?

La communication interculturelle c’est comprendre quelqu’un d’une autre culture sans avoir recours aux stéréotypes ou aux comparaisons avec sa propre culture. Ce n’est pas facile de communiquer avec une personne qui aura des réactions différentes de celles que l’on a été programmé à provoquer; mais l’essentiel c’est de lancer un dialogue sans jugement, avec une capacité à accepter les écarts culturels.

Aurais-tu une anecdote à nous raconter afin d’illustrer cela ?

Comme je suis indienne, on n’arrête pas de me poser des questions cliché sur mon pays. Les questions montrent une envie d’en savoir un peu plus sur mon pays, mais souvent mes interlocuteurs ne peuvent pas comprendre l’idée que l’on a des mariages arrangés en Inde. Pour eux, si ce n’est pas un mariage d’amour, c’est un mariage forcé. J’ai beau leur expliquer mais je n’arrive pas à leur faire comprendre.

Aurais-tu des réflexions personnelles sur la communication entre français et indiens ?

Je pense que quelques français ont du mal à comprendre la culture indienne même s’ils ont vécu en Inde. Ils essaient de généraliser sur l’ensemble du pays selon le comportement de quelques indiens qu’ils ont rencontré; ils préfèrent communiquer avec des français quand ils sont en Inde pour ne pas se sentir perdus. L’Inde est immense et les généralités ne servent quasiment à rien étant donné la diversité des cultures et des gens. C’est facile de généraliser, mais difficile de comprendre la diversité de l’Inde.

Par exemple on entend souvent des européens qui ont vécu dans une partie du pays, par exemple la capitale, dire que les mariages hindous durent 3 jours. Ce n’est pas vrai partout; à l’ouest cela prend la matinée tandis qu’au sud, chez certaines familles, cela commence à minuit. On est tous hindous dans ce contexte, mais on parle des langues différentes et on suit des coutumes vraiment diverses.

Qu’est-ce que tu conseillerais aux Français afin de faciliter leur expatriation en Inde ?

Je pense que c’est très difficile de vivre en Inde et je comprends parfaitement le besoin de chercher à rencontrer des français afin de se sentir moins perdu. Ceci dit, il est toujours intéressant de parler la langue locale, ne serait-ce que quelques phrases, afin de pouvoir communiquer avec les gens et former des amitiés.

Y a-t-il des gens qui arrivent plus facilement à s’adapter à l’Inde et à s’intégrer que d’autres ?

S’adapter, certainement. Je ne suis pas trop à l’aise avec l’idée de s’intégrer. C’est un processus continu, qui prend des années, alors c’est difficile de s’intégrer dans une société quand on n’y habite que pour une courte période. J’ai remarqué que ceux qui parlent l’anglais ont pu se débrouiller plus facilement.

Qu’est-ce qui t’as le plus marqué la première fois que tu es venue en Europe ? Y a-t-il une chose à laquelle tu n’arrives pas à t’habituer même après tout ce temps ?

Les européens sont très autonomes. Tout est à faire seul – cela va de trouver son chemin en suivant les rues marquées clairement sur un plan, à l’intégralité de la vie adulte. Parfois cette autonomie mène à un individualisme que l’on ne voit pas en Inde, car nous sommes très attachés à la notion de famille.

Quelle est pour toi la différence la plus flagrante entre l’Inde et l’Europe dans le monde du travail ?

Contrairement à l’Europe, il n’y a presque pas de stages offerts en Inde et la notion de stage non rémunéré est presque inexistante. On commence à travailler quand on a terminé nos études, alors cette étape n’est souvent pas une option. Ceci dit, il existe des « apprenticeships » dans les domaines techniques.

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2 réflexions au sujet de « Interview de janvier »

  1. En partageant son expérience, cette jeune femme nous apporte, avec beaucoup de simplicité, une définition très juste de l’interculturalité. L’expérience est plus parlante que la théorie 😉 Bel article !

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